La Paz – la cuvette bolivienne (28 et 29 Juin 2013)

La Paz : le retour ! Cette fois par contre, on compte bien visiter un peu la ville. Mais avant tout, comme nous venons de passer une nuit mouvementée dans le bus, on s’accorde un « petite » sieste matinale de quelques heures. Du coup, on n’émerge que vers 12h et après un bon almuerzo (les menus déjeuner), nous voilà partis à la conquête de la ville. On commence donc par une bonne marche pour rejoindre la Calle St Jean. C’est la plus jolie rue coloniale de La Paz d’après note guide. Let’s see ! Cette rue comporte, en plus, 4 petits musées que nous ne manquerons pas de visiter : le musée Costumbrista Juan de Vergas, le musée de Murillo (l’une des figures de la Bolivie), le musée de la guerre du pacifique et le musée des métaux précieux : tout un programme ! La rue est superbe, très colorée, elle nous fait penser à Valparaiso (toutes les maisons colorées maintenant nous font penser à Valparaiso !) mais les musées sont sans grand intérêt. En même temps, à un peu plus d’1€ les 4 musées, on n’allait pas passer à côté. On retrouve, dans tous  les musées, la même carte : le territoire bolivien avant et le territoire maintenant, bien réduit. On comprend vraiment tout leur ressenti d’avoir perdu des territoires et surtout, d’avoir perdu l’accès à la mer au profit du Chili !

La Calle St Jaen:

   

La Paz:

 

 

Après ces visites, on repart vers le centre et on fait le tour des agences pour réserver notre ascension pour le surlendemain. Il nous faut d’abord nous réadapter à l’altitude car en se rendant quelques jours à Rurrenabaque, nous avons perdu toute l’accoutumance que nous avions acquise pendant nos 15 premiers jours en Bolivie !

Et même si nous n’avons pas très faim, car les Almuerzo, ça remplit son homme, on se laisse tenter par un petit plat local dans une gargote très bon marché juste en face de notre hôtel : on retient l’adresse, elle sera notre cantine pour tous les jours suivants !

Le lendemain, on continue avec la visite de La Paz et surtout, on a décidé de marcher pas mal pour s’entraîner un minimum. On s’enfile d’abord un super petit-déjeuner chez notre marchand préféré au marché. On l’avait découvert quelques jours auparavant, avant de partir à Rurrenabaque. C’est un petit-déjeuner local et délicieux, à prix doux. Le marchand est génial, il ne cesse de parler. Il doit reprendre son souffle toutes les 10 phrases à peine quelques secondes ! C’est un fou ! Biensûr, on ne comprend pas les ¾ de ce qu’il nous raconte mais ça n’a pas l’air de le déranger plus que ça. On se régale avec ses empanadas au fromage accompagnés d’une « soupe » sucrée : un API – une spécialité de Rurre semble t-il de couleur rouge – ça ressemble à un vin chaud sans le vin ; et un Tojori – une spécialité de Potosi – un mélange au maïs indescriptible. C’est bizarre mais qu’est-ce que c’est bon ! Et surtout, ça remplit son homme : avec ça, on est calé pour quelques heures. On adore surtout car nous ne sommes entourés que de locaux et l’adresse est forcément bonne puisque sa petite échoppe est blindée (il y a même la queue) alors que les échoppes autour sont plutôt vides. :-)

Un Empanada au fromage et un Tojori: miam!

Après ça, on repart bien rempli pour atteindre le Mirador de Killi killi. Joli petit nom ce mirador et, vu tout ce qu’on a monté, la vue est très jolie aussi ! La Paz est une ville assez incroyable, complétement enclavée au milieu des montagnes, c’est une vraie cuvette. Du coup, c’est génial de pouvoir admirer toute l’étendue de la ville et les montagnes enneigées en fond, de ce mirador.

 

Mais on ne traîne pas, Kevin nous a prévu un programme bien chargé pour la journée avec 3 miradors différents (il faut faire travailler nos muscles !). On part donc vers le parc Raul Salmon de la Barra où se trouve le deuxième mirador. Mauvaise surprise, pour ce mirador, il faut payer l’entrée au parc…Bon, ce n’est que 3,5Bs…On ne va quand même pas pousser le bouchon trop loin. En entrant dans le parc, on aperçoit un jeu d’échec géant….Tiens, allez, on se lance et on attaque une partie. Elise n’a pas joué depuis sa tendre enfance alors c’est pas gagné…Mais un américain la sauve. Un couple de cinquantenaire américain nous rejoint  (et rejoint la foule de boliviens qui nous observe) et on propose donc à l’américain de jouer avec nous….Allez, on replace les pions et on recommence. L’américain a annoncé ne pas savoir bien joué, ce qui rend Kevin un peu trop confiant et en à peine 3 coups, il est déjà « échec » !!! Pfff. Il faudra une petite demi-heure pour que Kevin, malgré maintes tentatives de sauvetage, se fasse battre devant un bon public de boliviens. Ces 2 américains, un peu hippies, nous ont ébahis. Non pas pour les échecs, mais parce qu’ils ne voyagent qu’en vélo. Alors pour leurs 6 semaines de vacances, ils remontent de Salta (Argentine) à Lima en vélo…Ils tiennent la forme car avec l’altitude, cela ne doit pas être de tout repos !

Kevin en difficulté…

 

Bon, après cet échec cuisant, on part quand même voir le mirador qui est très décevant par rapport au premier ! Et puis en regardant les alentours, on se rend compte que le troisième ne présentera pas, non plus, beaucoup d’intérêt…Bon, tant pis, on abandonne l’idée des miradors et on redescend tranquillement vers le centre-ville en passant par le Prado, une rue chic de la Paz. Après quelques petites emplettes pour préparer notre ascension : piles, gants, chocolat (miam), coca pour l’altitude (pas coca cola : feuilles de coca !) ; on décide d’aller visiter le musée de la Coca. Eh oui, si nous en avons à peu près appris les vertus, on est curieux malgré tout d’en apprendre un peu plus.

Et alors là, on ne pensait pas y passer tant de temps. Le musée est tout petit, il ne présente que 19 points d’explications mais en entrant, le gardien du musée nous remet un livre d’à peu près 70 pages (en français heureusement)…Bon, eh bien, on a de la lecture.  Et comme on est sympa, on a décidé de vous faire partager tout ce qu’on a pu apprendre dans ce musée !

Histoire de la coca, un retour en arrière

La coca était cultivée et mâchée dans les Andes depuis des millénaires avant la naissance de JC.
Les Incas ont associé son utilisation à des rites magico-religieux. Les vertus (anesthésiantes) de la feuille de coca leur permettaient d’effectuer des opérations (déformation crâniennes, etc.) à signification religieuse. De fait, cette plante divine était principalement réservée pour l’utilisation des hauts commanditaires incas qui en contrôlaient les cultures.
L’arrivée des conquistadors espagnols chamboule la donne et va accélérer son utilisation. L’église, y voyant un rituel voué à une autre religion, a obtenu sa suppression. Toutefois, les espagnols se sont aperçu que les autochtones, qui travaillaient dans les riches mines de Potosi (cf. Potosi, centre de richesse de la colonie espagnole), étaient beaucoup plus productifs en mâchant de la coca. Ils pouvaient travailler non-stop sans manger pendant 2 à 3 jours ! Pragmatiques, les espagnols reviennent sur leur position et font l’apologie de la coca en la distribuant au peuple. Ils en contrôlent l’exploitation et la vente ; au point de parfois payer les mineurs en feuilles de coca (en échange de l’argent ou de l’or des mines), feuilles qui leur permettent de supporter leur dur labeur.
Mais les vertus de cette feuille vont se propager en occident. En effet, les européens découvrent un produit dérivé, la cocaïne, qui a des propriétés détonantes. L’industrie pharmaceutique va grandement l’intégrer à ses médicaments (propriétés, anesthésiantes, euphorisantes, etc.) ; certaines célébrités comme Sigmund Freud vont en consommer et vanter ses mérites ; d’autres vont intégrer la feuille de coca à leurs produits (boissons, etc.).
Toutefois en 1915, la cocaïne est déclarée comme une drogue, limitant de ce fait son utilisation. En même temps, pas grave car les occidentaux ont découvert une molécule chimique de substitution (qui, elle, n’est pas interdite à ce moment-là).
Enfin, en 1950, le banquier américain Henry Fonda déclare que le sous-développement des peuples andins est lié à leur consommation de la feuille de coca qui les abruti. L’Organisation des Nations-Unies, sous forte influence américaine, déclare la guerre à la feuille de coca en 1961 en l’inscrivant sur la liste des drogues.
En janvier 2013, la Bolivie, après un long combat, fait cependant intégrer une clause à l’ONU légalisant la mastication de la coca dans leur pays.

 

Un peu de chimie, feuille de coca et cocaïne.

La feuille de coca contient de la cocaïne. Il faut 323kg de feuilles de coca pour réaliser 1kg de cocaïne. Bref, le rapport est énorme. Mastiquer 30gr à 70gr de feuilles de coca pendant 3 heures revient à absorber une quantité infime de cocaïne ; sniffer ou s’injecter 1,5gr de cocaïne engendre une absorption 4 à 10 fois supérieur. L’effet est d’autant plus important quand l’absorption dans le sang est rapide… ce qui n’est pas le cas avec la mastication. Cela est toutefois suffisant pour entraîner une dépendance.
Pour autant, la mastication de la feuille de coca offre bien des avantages :
– elle permet d’augmenter l’absorption d’oxygène dans nos poumons (pratique pour l’altitude!),
– elle engendre un effet coupe la faim,
– elle a une propriété anesthésiante (permettant de mieux supporter l’effort prolongé),
– alimente la personne qui la mâche,
-…
Au niveau nutritionnel, 100 gr de coca bolivienne suffisent à satisfaire les besoins journaliers en calcium, fer, phosphore, vitamine A et B2. Un récent rapport de l’OMS (Organisation Mondiale de la Santé) démontre d’ailleurs que dans son état naturel, elle n’est nullement nocive pour la santé, et l’Université de Harvard affirme même qu’il s’agirait d’un des meilleurs aliments au monde.

 

L’avènement de Coca-cola

En 1863, un chimiste corse va mettre au point une boisson française, le vin Mariani, aux extraits de coca qui fait fureur grâce à sa propriété tonifiante. Chaque bouteille contient près de 7mgr de cocaïne. De nombreuses célébrités vont être séduites : le pape Léon XIII, des présidents US, des écrivains, etc. De nombreux magasins seront ouverts dans le monde entier pour le commercialiser.
En Europe ou aux Etats-Unis, d’autres pharmaciens essayent en vain de le concurrencer. Un seul aura un succès inespéré. Il s’appelle Pemberton. En 1885, à Atlanta, il produit et vend son propre vin macéré avec des extraits de coca et y ajoute des noix de kola, riches en caféine. Il l’appelle « french coca wine » ou « peruvian coca wine ».
Dès 1886, à la suite de l’adoption de la prohibition de l’alcool à Atlanta, Pemberton développe une version de sirop sans alcool et dépose la marque Coca-Cola en 1887. Dès lors, son produit peut être soutenu par les ligues de tempérance. Le « Harrisson Act » de 1914 oblige Coca-Cola à supprimer la cocaïne, qui reste présente à une concentration minime jusqu’en 1929 puis est complètement retirée. La boisson conserve toutefois quelques qualités de tonique grâce aux extraits de cola, riche en caféine.
Le vin Mariani, lui, ne résistera pas à l’interdiction de la coca à partir de 1910 en France (il contenait 6 à 7 mg de cocaïne par bouteille) mais sera tout de même produit jusqu’en 1930. Ses héritiers lancent alors un « Tonique Mariani » qui n’aura guère de succès et disparaîtra définitivement en 1963.

 

La Bolivie et la coca – conclusion

La feuille de coca fait partie intégrante de la culture bolivienne. La Bolivie voit d’un mauvais œil son bannissement mondial alors que son utilisation serait bénéfique à plusieurs égards. Ils n’acceptent pas d’être montrés du doigt comme mauvais garçon alors qu’ils ont une politique plus sévère à l’encontre de la cocaïne que n’importe quel pays développé. Dès lors, le musée met l’accent sur les bienfaits de la mastication de la feuille de coca et sur la perversité du monde occidental (États-Unis en n°1).

Comme vous l’aurez compris, on trouve cela très intéressant…Cela fait tellement partie intégrante de la culture bolivienne !  

Après ce moment culturel, il est temps pour nous d’aller dîner et de se coucher tôt : demain et après-demain surtout, de longues journées nous attendent. On se lance à l’ascension du Huayna Potosi, un sommet de 6088m !!!